Il fait des têtes. Lui ne la fait jamais, mais ses mains les font pour lui. Des petites têtes en terre, souvent bouche bée ou carrément gueule ouverte. Et pour mieux faire entendre leur cri muet, il les prend comme sur le vif, en photo, à l’arrache, ça leur donne une allure folle, leur confère un effet flou, on dirait presque de la peinture qui imiterait le cinéma. Elle bougent, ces têtes, elles remuent, se débattent. On a l’impression de les avoir déjà vues, dans un cauchemar peut-être. Sur fond de noir absolu. Ce sont les têtes qui se cachent au fond de nous, les têtes qu’on n’ose pas faire.

Il fait des masques aussi. Des masques qui font des drôles de têtes, entre art premier et carnaval, caricature et fétiche, cérémonie et guignol, grimace et menace. Il les porte, ses masques, se prend en photo avec, s’expose comme un objet au visage emprunté, grotesque, effrayant et comique dans un même élan. La créature hybride qu’il forme en prêtant son corps à ce visage qu’il a modelé sort on ne sait d’où, mais elle existe. Ce masque, si on le regarde sans rire, c’est lui. Ses traits, exagérés. La pire version de son propre visage. La tête qu’on craint d’avoir quand on grandit en se demandant dans le miroir si on a la gueule qu’il faut. Qu’il faut pour vivre avec les autres.

Voilà. Pourquoi il fait des têtes, des masques, pourquoi il leur fait faire ce qu’il leur fait faire ? Il n’en sait rien, il se doute, c’est venu comme ça, à la mort de sa mère, grâce à un bloc de terre offert par sa femme, et à la passion de la photo héritée de son père. Dans la famille Delamain, on est maçon de père en fils. Et si on ne sait pas pourquoi on fait ce qu’on fait, les mains, elles, le savent.


Ollivier pourriol




He makes heads. He never pulls faces himself, but his hands do it for him. Small heads made of clay, often with mouths agape or wide open in a scream.And to make their silent cries heard, he photographs them as if catching them in the act, quickly, instinctively, almost recklessly. This gives them a wild appearance, a blurred quality, almost like paintings imitating cinema.These heads move. They stir, they struggle. We feel we have seen them before, perhaps in a nightmare. Against a background of absolute blackness.They are the heads hidden deep within us, the faces we dare not make.He makes masks, too. Masks that pull strange faces, somewhere between primitive art and carnival, caricature and fetish, ceremony and puppet theatre, grimace and menace.He wears his masks, photographs himself in them, exposing himself as an object with a borrowed face, grotesque, frightening and comical all at once.The hybrid creature he becomes by lending his body to a face he has shaped comes from who knows where, but it exists.Look at that mask without laughing, and it is him. His features, exaggerated. The worst version of his own face. The face we fear we might have as we grow up, looking in the mirror and wondering whether we have the right face.The right face to live among others.So there it is.Why does he make heads and masks? Why does he make them do what he makes them do?He doesn’t know. He has his suspicions. It simply happened, after his mother’s death, thanks to a block of clay given to him by his wife and a passion for photography inherited from his father.In the Delamain family, they have been builders from father to son.And even when we don’t know why we do what we do, our hands do.

Ollivier Pourriol