Dans un espace dense et profond, dénué de mise en scène,têtes et visages solitaires apparaissent.
Ils sont capturés pour être reçues.
La seule architecture existante est celle de la profondeur, du contraste, de la gravité.Il y a de la lumière, une lumière qui semble être émise par l’appareil photographique lui-même.
Plus les têtes s’approchent de la source lumineuse, plus les ombres dessinent sur elles des traits légers ou des rides profondes, comme traces imprimées par la main qui touche et caresse des blocs de terre inertes.
La fragilité primitive de l’argile est transformée en tête de la taille d’une main.
Le vulnérable se dévoile à travers l’image.
Ce qu’apparaît est le processus d’une métamorphose, d’une transfiguration qui cherche a donner vie, vitalité et présence à la matière primitive.
Un travail perpétuel qui tente de voir les choses et de figurer les visages.
Il n’y a pas de vitalité sans action.
L’énergie et le geste rapide de la main sont l’action nécessaire pour que ces visages réagissent. Pour qu’ils réagissent, simplement, à la vie.
C’est ainsi que les images se rapprochent davantage à une pellicule cinématographique qu’à une série de photographies.Il est question de réactions infinies plutôt que de postures figées. Nous plongeons dans un geste temporel, où l’instant passé se devine et le futur imminent se rêve.
Plus on s’approche de la lumière, plus on se découvre plein d’ombre.Plus on se découvre plein d’ombre, plus on veut lui échapper.
Ainsi le mouvement, le flux, le vague, l’énigme, sont réactions de survie, tentatives pour sortir de l’obscurité et s’exposer, enfin, à la lumière, à la source.
Par l’effet de la vitesse de la caméra-main, les traits du visage se dessinent.
Grâce aux trajectoires du bras, les émotions surgissent. A travers l’énergie - le désir de voir sans rien y voir, pour être surpris. A l’aveugle, pour ne pas mettre en scène, mais pour recevoir, encore une fois, ce qui nous entoure, de manière sincère et brute.
« Brute » dans le sens de ne pas essayer de représenter le monde, mais plutôt de le comprendre, à travers le ressenti.
C’est une invitation à se regarder face à face pour trouver une forme de conversation. L’interprétation de l’émotion et du message, elle nous appartient. Il n’y a pas d’a priori.C’est à nous d’établir une relation intime avec l’image, pour révéler une forme de beauté, qu’elle soit terrible ou tendre, cachée ou désirée.
De face, on a l’impression d’être devant des figures et des masques ancestraux, imprégnés de croyances anciennes.La modernité se révèle dans l’énergie déclenchée par le choc photographique, qui nous emmène au-delà de la contemplation et nous rapproche davantage de la sphère de l’interrogation.
Et ainsi, la ligne précise de certains masques se confronte aux courbes fluides et plastiques d’autres têtes.L’agilité des outils et la proximité de visages qui émergent de l’obscurité nous confrontent à une dimension réelle.Ils sont réels, il n’y a rien d’illusoire, aucune fiction n’existe.
Ce rapprochement nous plonge dans un état d’effroi, incapables de déterminer s’il s’agit de souffrance, d’angoisse, de prière ou de soupir amoureux.Portées par la force de ces présences, la complexité de la vie, la richesse du réel et la fugacité de l’instant se révèlent sous forme d’image. Suffisamment éloignées pour ne pas se perdre dans le contrôle, et assez proches pour éveiller nos sens.
Entre la lumière et l’obscurité, il existe un espace intermédiaire, suspendu, une obscurité adoucie, une lumière maîtrisée, une dimension naturelle du temps, assez sombre pour retrouver le plaisir du mystère, assez lumineuse pour éveiller l’imaginaire.
Il n’y a pas de séparation dans les formes de cette expression artistique. Les yeux creusés renvoient à des visions, vécues ou imaginées, les nez marqués invitent à la respiration,les bouches ouvertes ou entrouvertes évoquent des paroles prononcées ou non, le crâne nous ramène à la lourdeur de la pensée et au désir de vivre son propre corps.
Et dans ce jeu de lumière et de mise au point, les sens apparaissent ou disparaissent à notre conscience.
Et dans ce cadre, où règne un silence presque sacré, nous sommes liés par une foi qui nous maintient en vie.
Et dans les têtes, qui sortent du cadre, nous y voyons une provocation à la réaction.
Valentina Sciacca Della scala
In a dense, profound space, devoid of staging, solitary heads and faces emerge. The only architecture is that of depth, contrast, and gravity.Light seems to emanate from the camera itself. As the heads approach its source, shadows reveal delicate features and deep wrinkles, like traces left by a hand touching and caressing inert blocks of clay. Primitive matter, fragile and vulnerable, takes the form of a head the size of a hand.What emerges is a process of metamorphosis, a transfiguration that seeks to give life, vitality, and presence to raw matter. A continuous attempt to see, to shape, to bring faces into existence.There is no vitality without action. The energy and speed of the hand allow these faces to react — simply, to life. The images thus resemble frames from a moving film rather than a series of photographs. They suggest infinite reactions instead of fixed poses, immersing us in a temporal gesture where the past can be sensed and the imminent future imagined.The closer we move towards the light, the more we discover our own shadows. And the more we confront them, the stronger our desire to escape.Movement, flow, blur, and uncertainty become acts of survival, attempts to emerge from darkness and reach the source of light.Through the speed of the camera-hand, facial features take shape. Through the trajectories of the arm, emotions arise. The gesture is driven by a desire to see without knowing what will appear — to work blindly, without staging, and receive what surrounds us in its raw immediacy.Rawness here does not mean representing the world, but understanding it through sensation.The images invite us into a face-to-face encounter, an intimate conversation without preconceptions. Their emotions remain open to interpretation. It is through our relationship with them that beauty emerges, whether terrible or tender, hidden or desired.Seen frontally, the heads evoke ancestral masks, charged with ancient beliefs. Yet their modernity lies in the energy of the photographic act, which carries us beyond contemplation towards questioning. Precise, almost rigid lines confront fluid, sculptural curves.The proximity of these faces emerging from darkness confronts us with something undeniably real. There is no illusion, no fiction. Their presence can be unsettling: we cannot tell whether they express suffering, anguish, prayer, or a lover’s sigh.Through them, the complexity of life, the richness of reality, and the fleeting nature of the instant become visible. The images remain distant enough to resist control, yet close enough to awaken our senses.Between light and darkness lies a suspended space — a softened obscurity, a restrained illumination, a dimension of time dark enough to preserve mystery and luminous enough to awaken the imagination.Every feature carries a possible sensation. Hollowed eyes evoke visions, remembered or imagined; pronounced noses suggest breath; open mouths imply words spoken or withheld; the skull recalls the weight of thought and the desire to inhabit one’s own body.In the interplay of light, movement, and focus, these sensations emerge and dissolve.Within this almost sacred silence, we encounter a fragile force that binds us to life.And in the heads that extend beyond the frame, we find an invitation to respond.
V.